AFRICAN REGIONAL ORGANISATION OF THE
INTERNATIONAL TRADE UNION CONFEDERATION Creating a better world for workers in Africa and beyond

L’Organisation régionale africaine de la Confédération syndicale internationale (CSI-Afrique www.ituc-africa.org) publie la présente déclaration à la suite d’une mission de solidarité de haut niveau effectuée à Port-Soudan du 12 au 16 janvier 2026, conformément à une résolution adoptée lors de la Réunion sur la paix et la sécurité de la CSI-Afrique tenue au Kenya les 21 et 22 novembre 2025.

Cette mission, en tant qu’acte de solidarité des travailleurs africains, s’est appuyée sur des échanges directs avec les travailleurs soudanais, les organisations syndicales, les femmes, les étudiants, les institutions publiques et les autorités de l’État. Les conclusions, fondées sur des témoignages directs et des éléments de preuve institutionnels, sont formellement consignées dans le Rapport de mission de la CSI-Afrique sur le Soudan, disponible sur le site www.ituc-africa.org.

Rapport de mission au Soudan : 12–16 janvier 2026

Une guerre dangereusement mal qualifiée.
Ce qui se passe actuellement au Soudan ne peut être décrit avec exactitude comme une guerre civile ou une simple lutte de pouvoir entre dirigeants militaires rivaux. Les éléments de preuve recueillis démontrent en effet que le Soudan est confronté à une rébellion facilitée de l’extérieur et à une insurrection par procuration, caractérisées par le ciblage systématique des civils, des travailleurs, des institutions et des infrastructures nationales essentielles. Cette qualification erronée a contribué à l’inertie de la communauté internationale et n’a pas permis de prendre la mesure de la déstabilisation délibérée, des déplacements massifs de populations et de la destruction sociale profonde en cours.

Le coût humain et les souffrances subis par les travailleurs et les communautés.
Les travailleurs, les entreprises et les communautés soudanaises supportent le fardeau le plus lourd de ce conflit. Des millions de personnes ont été déplacées, leurs moyens de subsistance ont été anéantis, leurs salaires sont restés impayés, leurs économies ont été perdues et les institutions du travail ont été démantelées. Les réseaux électriques, les hôpitaux, les écoles, les systèmes d’approvisionnement en eau, les banques, les infrastructures de transport et les logements ont été délibérément pris pour cible, rendant des régions entières inhabitables et aggravant considérablement la situation humanitaire.

Les femmes ont livré des témoignages bouleversants faisant état de mutilations, de viols, de violences sexuelles, de déplacements forcés et de tactiques de terreur systématiquement employées comme armes de guerre. Les enfants grandissent dans un contexte marqué par les traumatismes, la violence et le désespoir. Ces souffrances ne sont pas des conséquences accidentelles du conflit, mais le résultat de stratégies intentionnelles visant à briser les communautés et à anéantir toute perspective d’avenir.

Génocide, nettoyage ethnique et effacement démographique
La mission a documenté des schémas clairs et concordants de nettoyage ethnique, ainsi que des actes susceptibles de constituer un génocide visant en particulier des communautés soudanaises d’ascendance africaine, comme les Masalit, les Zaghawa et les Fur. Des villages entiers ont été vidés de force, des civils ont été pris pour cible en raison de leur identité et les corps des femmes ont été utilisés comme instruments de terreur pour imposer des déplacements permanents. Ces crimes doivent être clairement nommés, affrontés et faire l’objet de poursuites.

Acteurs externes et rôle des Émirats arabes unis
L’ampleur, la coordination et le degré de sophistication militaire des violences observées au Soudan ne peuvent s’expliquer par les seules dynamiques internes. La mission a recueilli des éléments de preuve attestant de financements extérieurs, de flux d’armes, du recours à des mercenaires et d’un soutien logistique continu qui alimentent cette insurrection.

Des rapports internationaux crédibles, corroborés par des témoignages cohérents recueillis au cours de la mission, désignent notamment les Émirats arabes unis (EAU) comme un acteur externe majeur fournissant un soutien financier, logistique et stratégique à des groupes armés responsables de graves violations et d’atrocités au Soudan. Des schémas similaires de violence par procuration et d’ingérence extérieure ont également été observés en Libye et en Somalie, révélant une crise régionale plus large, mue par des intérêts géopolitiques et économiques, au détriment des vies humaines et de la stabilité du continent. Les Émirats arabes unis doivent clairement être identifiés comme un acteur finançant et facilitant la déstabilisation en Afrique, et ils doivent être appelés à mettre immédiatement fin à toute action contribuant à l’alimentation des conflits sur le continent.

Un appel à la justice, à l’action internationale et à la reconstruction du Soudan.
La CSI-Afrique invite la communauté internationale à rejeter les narratifs fallacieux, à exiger un cessez-le-feu immédiat, permanent et vérifiable, à garantir un accès humanitaire sans entrave et à poursuivre la justice ainsi que l’obligation de rendre des comptes, y compris à l’égard des acteurs externes qui facilitent la violence.

Le silence face à des souffrances de masse n’est pas une position de neutralité ; il équivaut à de la complicité.
Au-delà de la cessation des violences, le Soudan a un besoin urgent d’un soutien international coordonné pour la reconstruction, la réhabilitation et la réintégration. Les infrastructures doivent être reconstruites, les moyens de subsistance restaurés et les populations déplacées soutenues pour qu’elles puissent retourner chez elles en toute sécurité et dans la dignité.

La CSI-Afrique appelle également à la tenue d’un sommet international consacré à la reconstruction du Soudan, basé sur les principes de justice et de responsabilité, et axé sur une approche de relèvement centrée sur les travailleurs, avec une reconnaissance pleine et entière des syndicats en tant qu’acteurs stratégiques de la reconstruction des marchés du travail, des services publics et du dialogue social.

La justice est le fondement de la paix.
Il ne peut y avoir de paix durable sans justice. La responsabilité des crimes de guerre, du nettoyage ethnique et de la destruction systématique de la vie civile doit être recherchée à tous les niveaux. La communauté internationale, y compris l’Organisation internationale du travail (OIT), doit soutenir le peuple soudanais dans sa quête de voies de relèvement fondées sur la dignité, les droits et le travail décent.

Pour les travailleurs africains, la neutralité face au génocide, au nettoyage ethnique et à la dépossession de masse n’est ni possible ni acceptable. Le Soudan mérite la vérité, la justice et la solidarité, ainsi qu’un avenir bâti sur les fondements de la paix et de la justice sociale.

Fait à Lomé, Togo, le 30 janvier 2026.
Le Secrétaire Général
Akhator Joel ODIGIE