AFRICAN REGIONAL ORGANISATION OF THE
INTERNATIONAL TRADE UNION CONFEDERATION Creating a better world for workers in Africa and beyond

L’Organisation régionale africaine de la Confédération syndicale internationale (CSI-Afrique, www.ituc-africa.org) réaffirme sa conviction inébranlable que le droit de grève demeure un pilier indispensable de la liberté, de la démocratie, de la justice sociale et de la dignité des travailleurs.

La CSI-Afrique salue l’avis consultatif de la Cour internationale de justice qui affirme le droit de grève au titre de la convention nº 87 de l’OIT de 1948. Elle considère cet avis comme juridiquement fondé et solidement ancré dans des principes moraux, historiques et démocratiques solides. Par cet avis, la Cour a renforcé la légitimité du droit de grève en tant que garantie fondamentale qui ne saurait être niée, affaiblie ou dissociée des réalités vécues par les travailleurs.

Nous réaffirmons que le mouvement syndical ne s’est pas construit par charité. Il s’est bâti à travers les luttes, la sueur, le sang et le sacrifice d’innombrables martyrs. Tous les grands acquis sociaux et économiques dont bénéficient aujourd’hui les travailleurs, notamment les salaires équitables, la réglementation du temps de travail, la sécurité au travail, la protection de la maternité, les pensions, la protection sociale, la négociation collective et les libertés démocratiques, ont été obtenus grâce à l’organisation collective et à la capacité des travailleurs à faire grève pour protester contre l’injustice et l’exploitation.

Par ailleurs, nous soutenons que les droits garantis par la Convention n°87 de l’OIT sont étroitement liés à l’exercice effectif et démocratique du droit de grève. En pratique, la liberté syndicale perd tout son sens si les travailleurs sont incapables d’agir collectivement. Un syndicat incapable de recourir à l’action revendicative lorsque les discussions n’aboutissent plus se retrouve privé de sa force et de sa capacité de défense des travailleurs. Ainsi, le droit de grève ne saurait être considéré comme un droit accessoire, facultatif ou sujet à négociation. Il constitue un élément fondamental de l’existence même du mouvement syndical. C’est pourquoi nous saluons la décision de la Cour internationale de Justice d’avoir reconnu et réaffirmé ces principes.

Il est essentiel de comprendre que les travailleurs ne décident pas de cesser le travail pour semer l’instabilité ou porter atteinte à la société. Ils recourent à la grève parce qu’ils sont trop souvent confrontés à l’exploitation, à la compression des salaires, à des conditions de travail dangereuses, à la répression syndicale, aux inégalités, aux politiques d’austérité, au chômage, ainsi qu’à des systèmes économiques qui concentrent les richesses entre les mains d’une minorité tout en appauvrissant ceux qui les produisent.

Dans un contexte où les travailleurs africains continuent de subir les conséquences de l’aggravation des inégalités, de la hausse du coût de la vie, du rétrécissement de l’espace civique, de la précarité de l’emploi et de systèmes économiques qui privilégient le profit au détriment de la dignité humaine, la défense et l’exercice du droit de grève demeurent plus que jamais indispensables.

Aucune société ne peut se prétendre démocratique si elle refuse aux travailleurs le droit de s’organiser, de protester et de cesser collectivement le travail. Au contraire, les démocraties modernes se consolident lorsque les travailleurs peuvent s’organiser librement, négocier collectivement et exercer leur droit de grève sans entrave, contribuant ainsi à une plus grande redevabilité dans les relations professionnelles et la gouvernance publique. Le droit de grève doit donc être garanti et protégé, tant dans la législation que dans la pratique.

Le mouvement syndical africain continuera de défendre ce droit avec fermeté, constance et sans aucune excuse.

Fait à Lomé, Togo, le 21 mai 2026, au nom de CSI-Afrique, par Akhator Joel Odigie, Secrétaire général.