ORGANISATION REGIONALE AFRICAINE DE LA
CONFÉDÉRATION SYNDICALE INTERNATIONALE Créer un monde meilleur pour les travailleurs en Afrique et au-delà

L’Organisation régionale africaine de la Confédération syndicale internationale (CSI-Afrique, www.ituc-africa.org) note avec vive préoccupation la persistance des actes de violence, d’intimidation et d’actions illégales visant les migrants et les ressortissants étrangers en Afrique du Sud.

La CSI-Afrique réitère ses précédentes déclarations condamnant l’afrophobie et toutes les formes de discrimination à l’encontre des migrants africains. Nous réaffirmons cette position et exprimons notre solidarité avec la déclaration conjointe publiée par les syndicats sud-africains, ainsi qu’avec les préoccupations du patronat concernant l’escalade des comportements illégaux, leur impact sur la cohésion sociale et leurs conséquences sur la stabilité économique, l’investissement et l’emploi.

L’Afrique du Sud est une démocratie constitutionnelle fondée sur l’État de droit. La responsabilité de faire respecter les lois relatives à l’immigration, au travail et au droit pénal incombe exclusivement à l’État et aux institutions légalement habilitées à cet effet. [Aucun individu ni aucun groupe privé ne peut s’arroger les prérogatives de l’application de la loi ou du contrôle de l’immigration.] Ce principe est clairement consacré par les normes internationales du travail. La Convention (n° 81) de l’OIT sur l’inspection du travail, 1947, établit que l’application de la législation du travail relève de la responsabilité des autorités publiques compétentes. De même, la Convention (n° 97) de l’OIT sur les travailleurs migrants (révisée), 1949, la Convention (n° 143) de l’OIT sur les travailleurs migrants (dispositions complémentaires), 1975, ainsi que la Convention (n° 111) de l’OIT concernant la discrimination (emploi et profession), 1958, consacrent le droit des travailleuses et travailleurs migrants à l’égalité de traitement, à la protection contre toute forme de discrimination, ainsi qu’au plein respect de leur dignité et de leurs droits fondamentaux.

Aussi profondément que les citoyens puissent ressentir les effets du chômage, de la criminalité, des inégalités ou des pressions exercées sur les services publics, ces difficultés ne sauraient en aucun cas justifier le recours à l’autodéfense, à l’intimidation, à la violence, à des contrôles illégaux ou au ciblage de personnes en raison de leur nationalité ou de leur origine supposée. Ceux qui se font justice eux-mêmes portent atteinte à l’ordre constitutionnel et à l’État de droit. Ils doivent faire l’objet d’enquêtes et répondre de leurs actes conformément à la loi et dans le respect des garanties d’une procédure régulière.

Dans le même temps, la CSI-Afrique appelle le Gouvernement de l’Afrique du Sud à agir avec détermination. L’État a en effet l’obligation constitutionnelle de protéger toutes les personnes présentes sur son territoire, de maintenir l’ordre public et de veiller à ce que la loi soit appliquée de manière juste, impartiale et sans discrimination. Au-delà du rétablissement de l’ordre public, le Gouvernement doit redoubler d’efforts pour s’attaquer aux causes structurelles des frustrations et des tensions sociales, notamment le chômage, les inégalités, la pauvreté et l’insuffisance des services publics.

Nous appelons également les gouvernements de toute l’Afrique à renforcer la gouvernance démocratique et à mettre en œuvre des politiques propres à améliorer le bien-être et les moyens de subsistance de leurs populations. Les déplacements des Africaines et des Africains à travers les frontières sont souvent motivés par la recherche d’un travail décent, de la sécurité et de meilleures perspectives. Des réponses durables exigent donc des investissements accrus dans la création d’emplois productifs, la protection sociale, le développement industriel, des services publics de qualité et une gouvernance responsable, afin que la migration relève d’un choix et non d’une nécessité.

L’Afrique est indivisible. Les liens forgés par notre histoire commune, nos luttes partagées et nos aspirations collectives nous obligent à préserver et à renforcer l’unité de notre continent. Les travailleuses et travailleurs africains ont apporté, et continuent d’apporter, une contribution inestimable au développement économique et social de toutes les régions de notre continent, y compris de l’Afrique du Sud. Ils méritent d’être traités avec dignité, dans l’égalité et le respect, où qu’ils vivent et travaillent.

La CSI-Afrique demeure fermement attachée à l’État de droit, à la protection des travailleuses et travailleurs migrants, à la défense des droits des travailleurs et à la promotion de la solidarité panafricaine. Les solutions durables aux défis auxquels nos sociétés sont confrontées ne résident ni dans la peur, ni dans l’exclusion, ni dans la violence. Elles passent par la justice sociale, le travail décent, le respect des droits humains, une gouvernance démocratique et une prospérité équitablement partagée entre toutes les Africaines et tous les Africains.

Fait à Lomé (Togo), le 6 juillet 2026
Le Secrétaire général
Akhator Joel Odigie