AFRICAN REGIONAL ORGANISATION OF THE
INTERNATIONAL TRADE UNION CONFEDERATION Creating a better world for workers in Africa and beyond

L’Organisation régionale africaine de la Confédération syndicale internationale (CSI-Afrique – www.ituc-africa.org) exprime sa pleine solidarité avec le peuple et le gouvernement du Sénégal, alors qu’ils sont confrontés aux graves conséquences d’une dette publique insoutenable et de mesures d’austérité imposées de l’extérieur. Les récentes analyses budgétaires indiquent que la dette publique réelle du Sénégal — dont une grande partie a été héritée des précédentes administrations — a dépassé les 110 % du PIB, plaçant l’économie nationale sous une forte pression et menaçant le financement des services publics essentiels.

Le Fonds monétaire international (FMI) adopte une approche marquée par des prêts conditionnels et des décaissements retardés, ce qui revient à priver l’économie sénégalaise de ressources vitales pour sa survie [et sa stabilité]. En liant son assistance financière à des mesures d’austérité, à la suppression des subventions et à une contraction budgétaire stricte, le FMI a aggravé les difficultés sociales, compromis l’investissement public et réduit la marge de manœuvre du gouvernement pour protéger les travailleurs et les populations vulnérables. Selon des informations récentes rapportées par Reuters le 9 novembre 2025, le FMI aurait proposé au Sénégal d’engager une restructuration complète de sa dette comme condition préalable à la reprise de l’accès au financement dans le cadre de son programme suspendu de 1,8 milliard de dollars américains. La mission du FMI au Sénégal, qui s’est achevée début novembre sans parvenir à un accord, a affirmé que le pays devait « rétablir la soutenabilité de sa dette » selon les paramètres du Fonds avant tout nouveau décaissement.

Le gouvernement sénégalais a fermement rejeté cette proposition. Le Premier ministre, Ousmane Sonko, a dénoncé l’exigence du FMI en matière de restructuration de la dette, la qualifiant de « honte », et affirmant qu’une telle mesure suggérerait à tort une irresponsabilité budgétaire, porterait atteinte à la dignité nationale. Le Président Bassirou Diomaye Faye a réaffirmé que le Sénégal mobiliserait jusqu’à 90 % du financement de son plan national de relance à partir de ressources internes, éviterait toute nouvelle accumulation de dette et honorerait ses engagements avec transparence, tout en défendant l’indépendance et la fierté du pays.

La CSI-Afrique reconnaît et soutient la légitimité de cette position. Les restructurations de la dette imposées par des conditions extérieures entraînent souvent le transfert du fardeau de l’ajustement vers les travailleurs et les communautés, à travers la compression des salaires, la suppression des subventions et la réduction des dépenses sociales. Nous soutenons pleinement la décision du Sénégal de mettre en œuvre une stratégie de relance nationale fondée sur la transparence de la dette, la mobilisation des ressources internes et l’investissement dans la population. Un pilier central de cette stratégie doit être la fiscalité juste et efficace des entreprises multinationales (EMN) opérant au Sénégal. La loi fiscale nº 7 de 2025 du Nigéria instaure un impôt minimum national de 15 %, conforme au cadre de l’impôt minimum mondial de l’OCDE. Si cette mesure constitue un progrès significatif, le mouvement syndical mondial, conduit par les Services publics internationaux (PSI) et la CSI-Afrique, appelle à l’adoption d’une norme mondiale plus forte et plus équitable : un taux effectif minimum d’imposition de 25 % sur les bénéfices des entreprises multinationales, répartis en fonction de leur activité économique réelle dans chaque pays, notamment en ce qui concerne l’emploi, les ventes et la masse salariale.

La CSI-Afrique appelle donc le gouvernement sénégalais à adopter une loi instaurant un impôt minimum national effectif de 25 %, afin de garantir que les entreprises multinationales contribuent de manière équitable au développement du pays. Les recettes ainsi générées devraient être stratégiquement orientées vers le renforcement des services publics essentiels, notamment dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’énergie, de la protection sociale et de la création d’emplois, qui constituent le socle d’une croissance inclusive et durable.

La privatisation n’a jamais été une stratégie de développement viable. Au Sénégal, comme dans la plupart des pays africains, elle a morcelé les services essentiels, alourdi le coût de la vie pour les citoyens et affaibli les fondements du travail décent. Il est donc impératif de reprendre en main et de renforcer les services publics, en particulier dans les secteurs de l’électricité, de l’eau et des transports, afin de garantir un accès universel, de stimuler l’industrialisation et de concrétiser les objectifs de l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

La CSI-Afrique appelle à l’adoption d’un nouveau modèle fiscal et de développement, fondé sur les principes de justice fiscale, de taxation progressive et de renforcement des services publics. Les dépenses sociales et le travail décent ne doivent jamais être considérés comme des charges budgétaires, mais comme des investissements essentiels pour le développement humain et la résilience nationale. Le Fonds monétaire international (FMI) doit s’abstenir d’imposer des conditions ou des mesures restrictives qui entraveraient les efforts nationaux de relance économique. De telles politiques risqueraient de susciter le mécontentement populaire, d’affaiblir l’appropriation nationale des réformes et de renforcer la dépendance à long terme vis-à-vis des financements extérieurs. Dans le même esprit, le gouvernement du Sénégal devrait élargir sa base de recettes internes en assurant une imposition efficace des grandes fortunes et des entreprises multinationales, afin de promouvoir l’équité et la responsabilité partagée dans le développement national. Le FMI et les partenaires internationaux doivent donc respecter le droit souverain du Sénégal de concevoir et de mettre en œuvre des politiques qui placent les populations et le développement avant les créanciers.

Une relance équitable, inclusive et centrée sur les travailleurs passe par une fiscalité mondiale plus juste, la reconstruction d’institutions publiques solides et la réaffirmation du rôle de l’État comme moteur d’un progrès durable et inclusif.

Signé,

Akhator Joel Odigie
Secrétaire général, CSI-Afrique
Lomé, Togo