AFRICAN REGIONAL ORGANISATION OF THE
INTERNATIONAL TRADE UNION CONFEDERATION Creating a better world for workers in Africa and beyond

À l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes et du lancement des 16 jours d’activisme contre la violence fondée sur le genre, l’Organisation régionale africaine de la Confédération syndicale internationale (CSI-Afrique, www.ituc-africa.org) réaffirme sa solidarité indéfectible avec les millions de femmes et de filles de notre continent, et du monde entier, qui continuent de faire face à la violence sous toutes ses formes. Le thème retenu cette année par les Nations unies, « Tous UNiS pour mettre fin à la violence numérique à l’égard des femmes et des filles », est plus que jamais d’actualité. En effet, nous assistons à une montée inquiétante des abus facilités par la technologie, qui transcendent les frontières, [bafouent les droits] et s’immiscent dans les sphères les plus intimes de la vie des femmes.

Partout en Afrique, les travailleuses sont confrontées quotidiennement au harcèlement, à l’intimidation et à la violence, qu’il s’agisse de travailleuses domestiques isolées, de travailleuses agricoles dans les zones rurales ou de femmes de l’économie informelle, qui représentent plus de 85 % de l’emploi féminin en Afrique subsaharienne. Le harcèlement sexuel et la violence fondée sur le genre dans le monde du travail portent atteinte à la dignité des femmes, menacent leur sécurité économique et violent leur droit fondamental à des conditions de travail sûres, [respectueuses] et décentes. En tant qu’organisations syndicales, nous affirmons que la violence à l’égard des femmes n’est pas seulement un problème de société, mais une grave violation des droits des travailleuses et des travailleurs.
L’ère numérique a ouvert des possibilités sans précédent en matière de connexion, d’apprentissage et de participation économique. Toutefois, elle a également donné lieu à de nouvelles formes de violence profondément préjudiciables pour les femmes et les filles. La violence numérique, qui comprend le cyberharcèlement, les attaques en ligne, le partage non consensuel d’images intimes, le doxing et d’autres formes d’abus facilités par la technologie, constitue une menace grave [et croissante] pour la sécurité, la dignité et la participation pleine et entière des femmes à la vie publique.
En Afrique, où la pénétration d’Internet progresse rapidement, les syndicalistes, les militantes et les travailleuses qui s’expriment sur les droits du travail et l’égalité entre les genres sont de plus en plus souvent confrontées à des attaques en ligne coordonnées visant à [les intimider, à les discréditer et à] les réduire au silence.
La pandémie de la COVID-19 a accéléré la numérisation du travail, mais elle a également exposé les travailleuses à de nouvelles formes de surveillance, de contrôle et de harcèlement via les plateformes numériques. Les travailleurs des plateformes — majoritairement des femmes employées dans les secteurs du travail domestique et des soins — subissent des discriminations algorithmiques et disposent souvent de peu, voire d’aucun recours lorsqu’ils sont victimes d’abus de la part de clients ou via les systèmes numériques.
Les organisations de travailleurs doivent renforcer leur engagement en intégrant la prévention de la violence fondée sur le genre dans les conventions collectives, en veillant à ce que les politiques de l’entreprise abordent explicitement le harcèlement, offrent un soutien solide aux victimes et mettent en place des mécanismes de signalement sûrs. Elles doivent également garantir la participation et le leadership effectifs des femmes à tous les niveaux des structures syndicales, car le leadership féminin renforce la capacité du mouvement syndical à prévenir [et à éliminer] la violence fondée sur le genre.
La CSI-Afrique réaffirme son engagement indéfectible à mettre fin à toutes les formes de violence à l’encontre des femmes et des filles. Nous continuerons de promouvoir la ratification et la mise en œuvre effective de la convention nº 190 de l’OIT sur le continent africain.
À l’occasion du lancement de ces 16 jours d’activisme, la CSI-Afrique appelle les gouvernements africains à :
• Ratifier et mettre en œuvre sans délai la Convention 190 de l’OIT et sa Recommandation 206, en veillant à ce que la législation nationale couvre toutes les formes de violence et de harcèlement dans le monde du travail, y compris la violence domestique et ses répercussions sur les travailleurs et les travailleuses.
• Adopter et appliquer une législation complète criminalisant toutes les formes de violence fondée sur le genre, y compris la violence numérique, et prévoyant des sanctions fortes et dissuasives.
• Garantir aux femmes un accès sûr et sécurisé à Internet et aux technologies numériques en élaborant et appliquant des politiques qui les protègent contre le harcèlement en ligne, tout en respectant la liberté d’expression et le droit à la vie privée.
• Élargir la protection du droit du travail à toutes les travailleuses, y compris celles des secteurs du travail domestique, de l’agriculture et de l’économie informelle.
La violence à l’égard des femmes n’est pas une affaire privée ; c’est une crise sociétale qui exige une action collective. Nous appelons toutes et tous [à nous lever,] à nous faire entendre et à nous opposer aux attitudes et comportements nuisibles. Soutenir les droits des femmes sur le lieu de travail et renforcer leur autonomie économique sont des conditions essentielles pour prévenir la violence.

Avec toute notre solidarité,
Akhator Joel Odigie
Secrétaire général, CSI-Afrique