AFRICAN REGIONAL ORGANISATION OF THE
INTERNATIONAL TRADE UNION CONFEDERATION Creating a better world for workers in Africa and beyond

A l’occasion de la Journée de l’Afrique, le 25 mai 2025, l’Organisation régionale africaine de la Confédération syndicale internationale (CSI-Afrique, www.ituc-africa.org), se mobilise aux côtés du continent et de la diaspora africaine dans le monde pour commémorer et célébrer notre héritage, notre identité, notre essence et nos luttes collectives. Cette journée est l’occasion de réfléchir à la quête continue de l’Afrique pour l’unité, la dignité, la souveraineté, le développement durable et la justice sociale.

Le thème de cette année, « Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine par le biais des réparations », est à la fois d’une actualité brûlante et d’une urgence profonde. Il interpelle directement notre combat sans relâche pour réparer les séquelles durables du colonialisme, de la traite transatlantique des esclaves, de l’apartheid et de l’exploitation systémique. Ces crimes historiques ne constituaient pas de simples actes de violence contre des individus ; ils représentaient des attaques délibérées contre des peuples entiers, leurs économies, leurs cultures et leurs civilisations.

Pour les travailleurs africains, cet appel à la justice réparatrice revêt une signification profonde et résonne avec force. Le mouvement syndical africain s’est toujours trouvé à l’avant-garde de la lutte pour la dignité, l’équité et la justice économique. Nous restons fermes et déterminés dans notre engagement pour cette cause, car nous voyons, connaissons et vivons les conséquences persistantes des injustices historiques : des marchés du travail sous-développés, des institutions affaiblies, des accords commerciaux abusifs, des formes modernes d’esclavage, des dynamiques néocoloniales et des économies axées sur l’extraction plutôt que sur l’autonomisation.

Les réparations ne sauraient se limiter à de simples gestes symboliques ou à des débats abstraits. Elles doivent s’ancrer dans des engagements concrets visant à démanteler et transformer les structures qui continuent de marginaliser les Africains et leurs descendants à travers le monde. Cette transformation exige un accès à des salaires équitables, à une éducation de qualité, à une protection sociale universelle, à des opportunités d’emploi décent, ainsi qu’au contrôle souverain des ressources du continent africain. Elle nécessite également une refonte des systèmes commerciaux et financiers internationaux, afin qu’ils cessent de saper la souveraineté des nations africaines et deviennent, au contraire, des moteurs de prospérité inclusive et partagée. De manière cruciale, l’avenir du développement de l’Afrique passe par la suppression des frontières artificielles [héritées de la colonisation], ainsi que par la promotion de la coopération et de l’intégration régionales, afin de créer un marché continental unifié.

En cette Journée de l’Afrique, nous nous associons à l’Union africaine pour réclamer des actions audacieuses et transformatrices visant à éradiquer les inégalités structurelles et à promouvoir la justice, la dignité et le développement durable pour tous les Africains et leurs descendants à travers le monde.
Nos revendications portent sur :

• Une justice économique réparatrice : Par des systèmes commerciaux équitables, des salaires décents, l’annulation des dettes et la mise en place de protection sociale universelle.

• Des politiques industrielles renforcées : Elles doivent permettre la création d’emplois décents, notamment pour les jeunes et les femmes d’Afrique, et favoriser le développement des industries locales plutôt que de servir les intérêts extractivistes [et prédateurs].

• Une protection renforcée des travailleurs : Nous appelons les gouvernements africains et les institutions internationales à mettre fin à l’informalisation du travail, à faire respecter les droits fondamentaux des travailleurs, et à permettre aux syndicats d’organiser et de représenter toutes les catégories de travailleurs, y compris ceux de l’économie informelle et des plateformes numériques.

• Une Justice climatique : Bien que l’Afrique soit le continent ayant le moins contribué au changement climatique, elle en subit de manière disproportionnée les conséquences les plus graves. La justice réparatrice doit inclure un financement conséquent et durable pour soutenir les efforts de l’Afrique en matière de réduction des émissions, d’adaptation et de transition juste.

• Une Intégration continentale : La stratégie de développement de l’Afrique doit impérativement passer par la suppression des frontières artificielles héritées de la colonisation et la construction d’un marché africain [unifié], fondé sur une coopération et une intégration régionale [renforcées].

• Une restitution du patrimoine spolié : Les biens culturels et les ressources pillés durant la période coloniale doivent être restitués sans condition à leurs communautés d’origine.

• Une fin aux systèmes néocoloniaux hégémoniques et patriarcaux qui continuent d’exploiter le continent et de saper la paix, la sécurité, la stabilité, la richesse et la souveraineté de l’Afrique.

• Une solidarité mondiale avec la diaspora africaine : Les Africains des Amériques, des Caraïbes, d’Europe et d’ailleurs doivent être activement impliqués dans cette démarche. Leurs luttes sont indissociables des nôtres.

Les réparations visent à restaurer la dignité, à corriger les injustices économiques et à donner aux nations africaines et à leurs travailleurs les moyens de prendre pleinement leur destin en main. En notre qualité de syndicats, nous refusons de considérer les réparations comme une simple référence historique. En tant qu’agents de justice et de développement transformateurs, nous nous engageons à faire des réparations un outil puissant pour réformer et transformer les systèmes, et non pour maintenir le statu quo. Nous savons parfaitement que la quête des réparations est une lutte sérieuse, et non une simple formalité ou une tâche facile.

Nous restons donc fermement engagés dans cette lutte, animés par la ténacité, l’unité et une solidarité indéfectible, afin d’assurer la dignité de notre peuple et de notre race.

Continuons d’avancer avec détermination, car lorsque nous luttons ensemble, la victoire est inévitable !
Vive l’Afrique !
Amka Afrika !
Fait à Lomé, le 23 mai 2025
Le Secrétaire Général de la CSI-Afrique
Akhator Joel Odigie