AFRICAN REGIONAL ORGANISATION OF THE
INTERNATIONAL TRADE UNION CONFEDERATION Creating a better world for workers in Africa and beyond

En cette Journée de l’Afrique 2026, l’Organisation régionale africaine de la Confédération syndicale internationale (CSI-Afrique, www.ituc-africa.org), représentant plus de 18 millions de travailleurs et travailleuses dans 52 pays africains, se joint aux peuples africains pour commémorer la lutte continue du continent en faveur de la dignité, de l’unité, de la démocratie, de l’émancipation économique et de la justice sociale.

Le thème de l’Union africaine cette année, « Assurer une disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs afin de réaliser les objectifs de l’Agenda 2063 », intervient à un moment critique qui exige honnêteté, courage politique et actions urgentes de la part des gouvernements africains, des multinationales, des institutions multilatérales et du système économique mondial.

Selon de récentes estimations de la Banque africaine de développement (BAD), l’Afrique perd chaque année plus de 580 milliards de dollars américains à cause de la corruption, des flux financiers illicites, de l’évasion fiscale, du transfert abusif des bénéfices et des fuites de capitaux — soit près de 1,6 milliard de dollars chaque jour. Ces ressources sont détournées des systèmes de santé publique, de l’éducation, des infrastructures d’eau et d’assainissement, de l’accès à l’énergie, des emplois décents et de l’avenir du continent. Par ailleurs, les dernières données du Programme conjoint OMS/UNICEF de suivi continuent de révéler que des milliards de personnes dans le monde n’ont toujours pas accès à des services d’eau potable et d’assainissement gérés de manière sûre, l’Afrique supportant une part particulièrement lourde de cette crise. Pendant ce temps, des millions de ménages africains continuent de dépendre de sources d’eau non sécurisées et de systèmes d’assainissement inadéquats malgré l’immense richesse naturelle du continent.

Chaque flux financier illicite représente de l’eau volée. Chaque paradis fiscal représente un système d’assainissement volé. Chaque accord corrompu prive les populations d’électricité, de soins de santé, d’éducation, de logement, d’emplois décents et d’espoir. De plus en plus, les jeunes Africains risquent leur vie à travers les déserts et les mers à la recherche de survie et d’opportunités ailleurs, parce que beaucoup ne croient plus que le continent puisse leur offrir un avenir. Le poids de ces défaillances systémiques repose de manière disproportionnée sur les travailleurs, les femmes, les jeunes et les communautés vulnérables. Les femmes, en particulier, continuent d’assumer les coûts invisibles de l’effondrement des services publics à travers le travail de soins non rémunéré, la collecte de l’eau et le maintien des ménages dans des conditions socio-économiques de plus en plus difficiles.

La CSI-Afrique appelle donc les gouvernements africains à combattre avec détermination et courage politique la kleptocratie, la corruption, la mainmise des élites sur l’État ainsi que les systèmes fiscaux injustes. La fonction publique ne doit pas servir de moyen d’enrichissement personnel, d’évasion fiscale ou d’ascension individuelle au détriment de l’intérêt général.

De plus, les travailleurs africains estiment qu’une démocratie qui ne parvient pas à garantir à sa population un accès à l’eau potable, à l’assainissement, à une énergie abordable, aux soins de santé, à des emplois décents et à la dignité humaine, alors que les richesses publiques sont dilapidées par la corruption et des systèmes fiscaux injustes, risque de n’être démocratique qu’en apparence, tout en demeurant excluant dans la pratique. Les inégalités croissantes à travers l’Afrique sont moralement inacceptables, économiquement destructrices et politiquement dangereuses. La démocratie ne peut s’épanouir lorsque les richesses sont concentrées entre les mains d’une minorité privilégiée, tandis que la majorité est privée des conditions élémentaires nécessaires à une vie digne. Les véritables dividendes de la démocratie sont l’accès à l’eau potable, à un assainissement sûr, à une électricité fiable, à des emplois décents, à des soins de santé abordables, à une éducation de qualité, à la protection sociale, au logement et à la dignité humaine.

La CSI-Afrique appelle donc à l’adoption de mesures audacieuses et progressistes en matière de justice fiscale à travers le continent. Les gouvernements africains doivent assurer une taxation équitable des multinationales, des industries extractives, des richesses spéculatives et des ultra-riches. L’Afrique ne peut continuer à dépendre d’une dette insoutenable et de l’aide extérieure, alors qu’une immense richesse s’échappe à travers les paradis fiscaux, les flux financiers illicites et des arrangements économiques favorisant l’exploitation.

Nous lançons également un défi direct aux institutions multilatérales ainsi qu’à l’appareil mondial de l’aide au développement. L’Afrique n’a pas besoin d’une architecture permanente de l’aide qui entretient la dépendance, affaiblit les systèmes publics et compromet la souveraineté du développement. Depuis des décennies, des politiques économiques imposées de l’extérieur ont réduit les capacités des États, encouragé des privatisations irresponsables et diminué les investissements dans les infrastructures publiques, fragilisant ainsi les services publics à travers le continent. Les conséquences sont aujourd’hui visibles à travers la pauvreté énergétique, la défaillance des services publics, le chômage, les crises de la dette et l’aggravation des inégalités sociales.

La CSI-Afrique souligne en outre que l’avenir de l’Afrique dépend de la reconquête de sa souveraineté énergétique. Il est inacceptable qu’un continent doté d’immenses ressources solaires, hydroélectriques, géothermiques, gazières et minières demeure l’une des régions du monde les plus touchées par la pauvreté énergétique. Une Transition juste pour l’Afrique doit garantir un accès universel à une énergie abordable, des systèmes énergétiques publics centrés sur les communautés, l’industrialisation locale, des emplois verts décents, le transfert de technologies, le contrôle démocratique des ressources stratégiques ainsi que des trajectoires de développement définies par les peuples africains eux-mêmes.

La souveraineté dans les domaines de l’eau, de l’énergie et de l’économie ne saurait être pleinement réalisée sans une véritable souveraineté démocratique. En cette Journée de l’Afrique, la CSI-Afrique appelle donc les gouvernements africains, l’Union africaine, les syndicats, les organisations de la société civile, les mouvements de jeunesse, les organisations de femmes ainsi que toutes les forces sociales progressistes à s’unir autour m d’un agenda transformateur. Cet agenda doit permettre de vaincre la kleptocratie et les flux financiers illicites, d’instaurer une gouvernance et une fiscalité progressistes, de renforcer les services publics, de promouvoir une fiscalité équitable, de garantir un accès universel à l’eau et à l’assainissement, de promouvoir le travail décent, de faire avancer une industrialisation inclusive et de veiller à ce que les richesses de l’Afrique profitent à ses peuples afin de réduire les inégalités.

Publié à Lomé, Togo, le 25 mai 2026, par Akhator Joel Odigie, Secrétaire général de CSI-Afrique.