En cette Journée internationale des travailleuses et travailleurs domestiques, l’Organisation régionale africaine de la Confédération syndicale internationale (CSI-Afrique, www.ituc-africa.org) rend hommage aux millions de femmes et d’hommes qui prennent soin de nos foyers, de nos enfants et de nos personnes âgées. Leur travail, essentiel pour les familles, les communautés et les économies, est trop souvent invisible, sous-évalué et insuffisamment protégé.
Les travailleuses et travailleurs domestiques, en grande majorité des femmes, comptent parmi les groupes les plus exploités et les moins protégés du marché du travail mondial. Malgré l’importance de leur rôle, beaucoup se voient refuser les droits et protections fondamentaux dont bénéficient les autres travailleurs. Sur le continent africain, le travail domestique reste largement informel et est souvent exclu de la législation du travail et des systèmes de sécurité sociale. En conséquence, les travailleuses et travailleurs domestiques sont souvent piégés dans la pauvreté, soumis à de longues heures de travail et à des abus, avec peu ou aucun accès à la justice ou à des recours.
La situation est particulièrement grave pour les travailleuses et travailleurs domestiques migrants, confrontés à des vulnérabilités multiples et croisées : statut migratoire précaire, barrières linguistiques, isolement social, discrimination systémique et, pour de nombreuses personnes d’origine africaine ou noire, discrimination raciale. Nombre d’entre eux sont prisonniers de systèmes oppressifs tels que le régime de parrainage «kafala», qui lie leur résidence légale à leur employeur, créant ainsi des conditions propices à l’exploitation, à la servitude et aux abus.
Dans ce contexte, la CSI-Afrique soutient fermement la plainte déposée par la Confédération syndicale internationale (CSI) contre le Royaume d’Arabie saoudite auprès de l’Organisation internationale du Travail, et a activement contribué à cette démarche. Cette plainte historique dénonce l’incapacité de l’Arabie saoudite à protéger les travailleuses et travailleurs domestiques migrants contre les violations généralisées de leurs droits dans le cadre du système de kafala. Elle constitue un appel résolu à la responsabilité et une exigence de démantèlement des cadres juridiques qui perpétuent l’esclavage moderne. Nous soulignons que cette plainte vise avant tout à encourager des réformes sincères, inclusives, concertées, pragmatiques et assorties d’échéances claires concernant les lois et pratiques migratoires du Royaume.
Par ailleurs, la CSI-Afrique salue le courage, la détermination et la résilience dont font preuve les travailleuses et travailleurs domestiques ainsi que leurs syndicats à travers l’Afrique et le monde. Leur résistance et leur mobilisation permettent de changer les récits dominants et de contraindre les institutions à agir. A l’occasion de la Journée internationale des travailleuses et travailleurs domestiques, la CSI-Afrique réaffirme sa solidarité indéfectible à leur égard et appelle à :
• La mise en oeuvre intégrale de la Convention n°189 de l’OIT sur le travail décent pour les travailleuses et travailleurs domestiques, afin de garantir qu’ils bénéficient des mêmes droits que tous les autres travailleurs.
• La reconnaissance juridique et l’inclusion du travail domestique dans les législations nationales du travail, avec la garantie de droits tels que le salaire minimum, la réglementation du temps de travail, les jours de repos et l’accès à la protection sociale.
• La protection et l’autonomisation des travailleuses et travailleurs domestiques migrants, grâce à des pratiques de recrutement équitables, des accords bilatéraux exécutoires, des mécanismes efficaces de traitement des plaintes et la portabilité des droits.
• L’abolition des systèmes d’exploitation, tels que le système de parrainage « kafala », qui institutionnalisent la dépendance et facilitent les abus.
• Des politiques du travail sensibles au genre, pour répondre aux vulnérabilités spécifiques auxquelles sont confrontées les travailleuses domestiques, notamment les violences basées sur le genre, les discriminations et l’exclusion de la protection de la maternité.
• La liberté d’association et le droit de s’organiser sans craindre l’ingérence ou les représailles, afin que les travailleuses et travailleurs domestiques puissent construire un pouvoir collectif et participer activement à l’élaboration des politiques qui affectent leur vie.
Avec toute notre solidarité,
Fait à Lomé, le 16 juin 2025
Le Secrétaire général
Akhator Joel Odigie