En cette Journée internationale pour l’élimination de la violence sexuelle dans les conflits, l’Organisation régionale africaine de la Confédération syndicale internationale (CSI-Afrique, www.ituc-africa.org) exprime sa solidarité indéfectible avec toutes les personnes ayant subi des violences sexuelles et basées sur le genre dans les zones de conflit. Nous réaffirmons notre engagement inébranlable en faveur de la justice, de la reddition de comptes et d’une protection complète des droits humains.
Sur tout le continent africain, les conflits et l’instabilité politique continuent de dévaster des vies, des moyens de subsistance et des communautés entières. Il est devenu trop courant que la violence sexuelle soit utilisée délibérément comme une arme de guerre, de répression et de terreur, visant non seulement les femmes et les filles, mais aussi les hommes et les garçons. Ces actes odieux infligent des traumatismes profonds et durables, déchirent le tissu des familles et des sociétés, affaiblissent les institutions démocratiques et entravent gravement les efforts de réconciliation et de consolidation de la paix après le conflit.
Nous sommes profondément préoccupés par les rapports persistants et alarmants de violences sexuelles dans plusieurs conflits de longue date ou récents en Afrique. La guerre civile brutale au Soudan a entraîné des déplacements de grande ampleur, avec de nombreux témoignages de survivantes et survivants faisant état d’agressions sexuelles généralisées, tant dans les camps de déplacés que durant leur fuite des zones de conflit. Dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), les milices armées continuent de commettre des viols et des actes d’esclavage sexuel en toute impunité, renforçant une pratique de longue date et profondément ancrée de violences basées sur le genre dans la région. La région du Sahel, comprenant notamment des zones du Burkina Faso, du Mali et du Niger, connaît également une forte recrudescence de ces violences, alimentée par les insurrections terroristes et les réponses étatiques militarisées qui exposent de plus en plus les civils, en particulier les femmes et les filles. En Éthiopie, en particulier au Tigré et dans d’autres régions touchées par le conflit, des viols systématiques ont été signalés comme une tactique de persécution ethnique et politique. Bien que le Nigéria ne soit pas en situation de guerre, plusieurs foyers de violence armée persistent à travers le pays, souvent alimentés par des groupes extrémistes religieux et des éleveurs armés ciblant des communautés sans défense. Des rapports font état de viols et d’enlèvements de femmes et de filles, traitées comme des butins de guerre et soumises à des violences sexuelles. Ces sombres réalités soulignent l’urgence d’une action robuste et coordonnée pour protéger les civils, mettre fin à l’impunité et faire en sorte que tous les auteurs soient pleinement tenus responsables.
A la CSI-Afrique, nous sommes convaincus que la paix, la justice et le travail décent sont inextricablement liés. Les syndicats doivent jouer un rôle actif dans la promotion de la paix et de la dignité humaine, en veillant à ce que les voix des travailleurs, en particulier celles des
femmes, des jeunes et des communautés marginalisées, soient entendues et placées au coeur de tous les efforts en faveur du développement durable, de la cohésion sociale et de la réconciliation.
A l’occasion de la Journée internationale de cette année, nous appelons les gouvernements africains, les instances régionales et toutes les parties prenantes concernées à :
1. Appliquer une politique stricte de tolérance zéro à l’égard des auteurs de violences sexuelles en temps de conflit et faire respecter le droit international humanitaire ainsi que les droits humains.
2. Garantir un soutien global et des réparations aux survivantes et survivants, y compris l’accès à des soins de santé de qualité, à des services psychosociaux, à la justice, ainsi qu’à des opportunités durables de réinsertion économique.
3. Renforcer la protection des civils dans les zones de conflit, en accordant une attention particulière aux femmes, aux enfants et aux personnes en situation de handicap.
4. Garantir la participation pleine et effective des femmes aux processus de paix, à la résolution des conflits et à la gouvernance post-conflit.
Nous encourageons nos membres à rester fermement engagés dans la promotion d’une gouvernance plus responsable et réactive. Cela implique notamment de mener des actions de sensibilisation et d’éducation du public sur l’importance de la paix, de la tolérance et de la protection des personnes, en particulier les plus vulnérables de nos communautés, contre les violences sexuelles.
Nous appelons également les gouvernements africains, l’Union africaine et la communauté internationale à passer des paroles aux actes en investissant dans une gouvernance inclusive, des infrastructures sociales solides et des stratégies de prévention des conflits s’attaquant aux causes profondes de la violence et de l’instabilité.
Avec toute notre solidarité,
Fait à Lomé, le 16 juin 2025
Le Secrétaire général
Akhator Joel Odigie