AFRICAN REGIONAL ORGANISATION OF THE
INTERNATIONAL TRADE UNION CONFEDERATION Creating a better world for workers in Africa and beyond

Aujourd’hui, en Afrique, des millions de travailleuses et travailleurs se lèvent avant l’aube — non pas pour poursuivre un rêve, mais simplement pour survivre un jour de plus dans un système qui a trahi leur travail. À l’occasion de la Journée mondiale pour le travail décent, l’Organisation régionale africaine de la Confédération syndicale internationale (CSI‑Afrique) lance un appel vibrant : les travailleuses et travailleurs africains méritent la dignité, la démocratie et la justice — et non l’exploitation déguisée en réforme.

Depuis trop longtemps, les gouvernements et les employeurs du continent justifient l’érosion des droits des travailleurs au nom de la « compétitivité », de « l’austérité » et de « la promotion des investissements ». En réalité, nous constatons un continent où la promesse d’un emploi s’est réduite à un cycle de précarité, de dépossession et de désespoir. Le démantèlement délibéré des mesures de protection des travailleurs, associé à la suppression systématique des syndicats, constitue l’une des trahisons les plus graves envers les travailleuses et travailleurs africains depuis l’indépendance.
La CSI-Afrique relève avec inquiétude le nombre croissant de violations des droits des travailleurs, notamment la criminalisation de l’activité syndicale, les licenciements massifs des militants syndicaux, la sous-traitance illégale, le vol de salaires et le refus du droit à la négociation collective.
Les gouvernements et les employeurs ont soit détourné le regard, soit, pire encore, se sont rendus complices. Ils ont toléré des conditions de travail misérables dans les zones franches industrielles d’exportation, accepté le travail non rémunéré dans le secteur public et ignoré des décès et des accidents du travail qui auraient pu être évités. Nous les tenons pleinement responsables des défaillances morales qui se sont produites sous leur surveillance.

Nous réprimandons ceux qui ont transformé les lieux de travail en espaces de peurs plutôt qu’en espaces de dignité. Nous condamnons les employeurs qui exploitent les travailleurs sans remords, ainsi que les gouvernements qui déploient la police pour briser les grèves au lieu de faire respecter les lois du travail.

Nous dénonçons ceux qui continuent d’invoquer la « réforme économique » comme prétexte pour imposer des salaires de misère, procéder à des licenciements massifs et supprimer les syndicats. Nous leur rappelons à tous : les droits du travail sont des droits humains, et leur violation constitue une atteinte à la démocratie elle-même.

Les travailleuses et travailleurs africains ne sont pas impuissants : ils constituent l’épine dorsale de toutes les économies. Des mines de cuivre de Zambie aux chantiers de construction du Sénégal, en passant par les usines de confection de Madagascar et les

hôpitaux publics du Kenya, les travailleuses et travailleurs continuent de s’organiser, de résister et d’affirmer que la démocratie ne s’arrête pas à la porte de leur lieu de travail. Leur résilience est la forme la plus authentique de patriotisme : l’affirmation quotidienne que l’Afrique a besoin de justice, et non de charité.
Notre continent se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins.

Nous sommes confrontés à un fardeau de la dette écrasant qui détourne les budgets nationaux des emplois, des salaires et des services publics pour les orienter vers des créanciers illégitimes et des consultants externes.

Nous subissons un modèle économique qui privilégie les industries extractives et les investisseurs étrangers au détriment de la création de valeur locale, d’emplois décents et de la prospérité partagée.
Les systèmes de gouvernance sont vidés de leur substance par la corruption et la capture de l’État, tandis que les élites politiques utilisent les postes publics comme des entreprises privées. Parallèlement, les jeunes, qui représentent la majeure partie de la population, sombrent dans le chômage et le désespoir.
Par ailleurs, l’urgence climatique accentue les inégalités, déplace les populations et pousse de plus en plus de travailleurs vers des emplois précaires et informels.

Il ne s’agit pas de catastrophes naturelles, mais de choix politiques qui traduisent des loyautés mal orientées et un leadership défaillant.

Mais l’Afrique peut choisir autrement. Elle peut emprunter un chemin fondé sur l’investissement public plutôt que sur la privatisation, sur la production et la solidarité plutôt que sur la spéculation et l’extraction, sur la démocratie et le dialogue social plutôt que sur la répression et l’exclusion.

La CSI-Afrique appelle à un nouveau contrat social qui réaffirme la primauté des populations sur le profit et du travail sur l’accumulation de richesses. Nous demandons aux gouvernements africains de:
1. Mettre fin à la persécution des syndicats et rétablir le droit à l’organisation et à la négociation collective.
2. Rejeter les politiques d’austérité et anti-travailleurs qui ont creusé les inégalités et érodé la protection sociale.
3. Stopper la privatisation irréfléchie des services essentiels — eau, énergie, transports, santé et éducation — qui a condamné des millions de personnes à la pauvreté tout en enrichissant une minorité.
4. Réorienter les dépenses publiques vers la création d’emplois, l’industrialisation et l’économie de soins.
5. Taxer équitablement la richesse et endiguer les flux financiers illicites qui privent l’Afrique de plus de 88 milliards de dollars chaque année — des ressources qui devraient servir à construire des écoles, des hôpitaux et des infrastructures, et non des comptes offshores.

Nous demandons également aux employeurs et aux multinationales de respecter les lois du travail en vigueur en Afrique, de verser des salaires décents et de mettre fin aux pratiques anti-syndicales. La transition énergétique mondiale, la transformation numérique et la croissance industrielle ne doivent pas se faire au détriment des travailleurs africains exploités. La CSI-Afrique tient à rappeler à tous les acteurs corporatifs se cachant derrière des chaînes d’approvisionnement complexes que leurs mains ne sont jamais propres lorsque leurs profits sont maculés par la souffrance des travailleurs.

Cette Journée mondiale pour le travail décent n’est pas une simple cérémonie. C’est un jour de vérité et de résistance renouvelée. La classe ouvrière africaine ne restera pas spectatrice de sa propre marginalisation. Nous nous mobiliserons, nous nous organiserons et nous internationaliserons nos luttes pour le travail décent, la paix et la démocratie.
Nous affirmons qu’il ne peut y avoir de paix sans justice, de démocratie sans droits des travailleurs et de développement sans travail décent.
À ceux qui l’auraient oublié, nous rappelons que l’avenir de l’Afrique ne sera pas construit par les marchés, mais par ses travailleurs.
Les travailleurs d’Afrique ne mendieront pas la dignité. Nous nous organiserons pour l’obtenir. En toute solidarité,

Le Secrétaire général

Akhator Joel Odigie
Organisation régionale africaine de la Confédération syndicale internationale (CSI-Afrique)
Publiée à Lomé, Togo – 7 octobre 2025