Ce 21 juin 2025, l’Organisation régionale africaine de la Confédération syndicale internationale (CSI-Afrique – www.ituc-africa.org) célèbre le sixième anniversaire de l’adoption historique de la Convention n° 190 (C190) de l’OIT et de la Recommandation n° 206, relatives à la lutte contre la violence et le harcèlement dans le monde du travail.
Adoptés lors de la 108ᵉ session de la Conférence internationale du Travail, qui s’est tenue à Genève le 21 juin 2019, ces instruments novateurs ont constitué un tournant majeur à l’échelle mondiale, en établissant pour la première fois le droit fondamental de toute personne à un environnement de travail libre de toute forme de violence et de harcèlement, y compris ceux fondés sur le genre.
La violence et le harcèlement dans le monde du travail restent omniprésents et profondément ancrés dans l’ensemble des secteurs et des régions. Qu’elles soient physiques, psychologiques, sexuelles ou économiques, ces atteintes sont souvent dissimulées et rarement déclarées, en raison de la stigmatisation, de la crainte de représailles et du manque de confiance des victimes envers les mécanismes de protection en place. La persistance de ces abus témoigne de profondes inégalités structurelles, résultant de l’interaction de facteurs tels que le genre, l’âge, le statut social, l’appartenance raciale et le statut professionnel.
Ces pratiques néfastes ne se cantonnent pas aux bureaux et aux usines ; elles sont également largement répandues dans les secteurs du travail domestique, de l’agriculture, des transports et de l’économie informelle des domaines où les travailleuses et travailleurs africains, en particulier les femmes, sont largement représentés mais peu protégés.
La transformation numérique du travail et la montée en puissance de l’emploi via les plateformes ont introduit de nouveaux défis, notamment l’apparition de formes de harcèlement en ligne, encore trop souvent mal encadrées et échappant à la responsabilité des employeurs.
En ce jour anniversaire, nous célébrons les progrès accomplis, tout en restant conscients des efforts qu’il reste à mener. En juin 2025, seuls dix pays africains avaient franchi l’étape essentielle de la ratification de la Convention 190 de l’OIT. Si cette avancée est encourageante, elle souligne également la nécessité urgente de renforcer la volonté politique et d’accélérer les mesures à l’échelle du continent pour faire des lieux de travail des espaces sûrs et inclusifs.
A la CSI-Afrique, nous voyons dans la Convention 190 et la Recommandation 206 bien plus que de simples instruments juridiques : ce sont des fondements incontournables de notre agenda syndical transformateur en matière de genre. Nous aspirons à un mouvement syndical où l’égalité de genre constitue un principe fondamental, et non une réflexion secondaire. Notre agenda vise à remettre en question et à transformer les structures de pouvoir qui perpétuent la violence et la discrimination, afin de garantir la participation pleine, égale et sécurisée des femmes au sein des instances et des structures syndicales.
En ce jour anniversaire, nous réitérons notre appel en faveur de :
• La ratification et la mise en œuvre effective de la Convention 190 et de la Recommandation 206, ainsi que leur intégration complète dans les législations nationales, les politiques en milieu de travail et les mécanismes de mise en application ;
• Des campagnes de plaidoyer et des actions de négociation collective visant à garantir des lieux de travail exempts de violence et fondés sur l’égalité de genre ;
• La mise en place de systèmes de signalement et de soutien efficaces au sein des lieux de travail.
Nous réaffirmons avec force notre conviction que la violence et le harcèlement en particulier la violence fondée sur le genre ne doivent en aucun cas faire partie du monde du travail.
Avec toute notre solidarité,
Fait à Lomé, le 20 juin 2025
Le Secrétaire général
Akhator Joel ODIGIE