L’Organisation régionale africaine de la Confédération syndicale internationale (CSI-Afrique. www.ituc-africa.org ) se joint aux organisations de travailleurs, aux syndicalistes et à leurs alliés venus de tout le continent lors d’un rassemblement organisé en marge de la 114e session de la Conférence internationale du Travail. Cette mobilisation vise à réclamer des mesures urgentes et décisives pour lutter contre la kleptocratie, les inégalités extrêmes et les conflits violents — trois défis étroitement liés qui continuent d’éroder la démocratie, de freiner le développement et de compromettre la justice sociale en Afrique.
Partout en Afrique, les travailleurs et les citoyens ordinaires continuent de payer le lourd tribut de la corruption, des flux financiers illicites, de la capture de l’État et de l’endettement insoutenable. Trop souvent, les ressources qui devraient être consacrées à l’éducation, à la santé, à la protection sociale, aux infrastructures et à la création d’emplois décents sont soustraites à leur vocation première, au détriment du bien-être collectif.
La corruption prive les populations d’opportunités d’emploi. La corruption prive les populations d’écoles de qualité. La corruption affaiblit les systèmes de santé. La corruption compromet notre avenir collectif.
L’Afrique n’est pas pauvre. Elle regorge de ressources, de talents et de potentiel. Pourtant, des millions d’Africains sont toujours prisonniers de la pauvreté, car cette richesse n’est pas utilisée pour améliorer leur bien-être. La CSI-Afrique appelle par conséquent à l’adoption de mesures plus ambitieuses et plus efficaces pour combattre la corruption et les flux financiers illicites. Cela passe par le renforcement de la transparence et de la redevabilité, ainsi que par la mise en place de politiques fiscales progressives garantissant une juste contribution des grandes fortunes et des entreprises multinationales [au financement du développement].
Le rassemblement met également en lumière l’urgence de s’attaquer à la montée des inégalités en Afrique. Alors qu’une infime minorité continue d’accumuler des richesses considérables, des millions de travailleurs sont confrontés à de bas salaires, au chômage, à la précarité de l’emploi et à une protection sociale insuffisante. Nous faisons écho à l’appel lancé par le Rapport 2026 d’Oxfam sur les inégalités : les ultra-riches doivent payer leur juste part d’impôts. Chaque personne a droit à la dignité, à un travail décent et à une protection sociale adéquate.
Les travailleurs africains réaffirment leur solidarité indéfectible avec les peuples du Soudan et de la République démocratique du Congo, dont les vies, les moyens de subsistance et les communautés continuent d’être ravagés par des violences et des conflits qui perdurent. Nous appelons à la fin immédiate des violences et à la protection effective des civils, des travailleurs et des communautés. Nous appelons également à mettre un terme à toutes les formes
d’ingérence extérieure et aux actions déstabilisatrices qui alimentent les conflits et compromettent la perspective d’une paix durable.
Le récent Indice CSI 2026 des droits dans le monde met en évidence une détérioration sans précédent de la démocratie et des droits des travailleurs à l’échelle mondiale. Les droits fondamentaux, y compris la liberté syndicale, le droit à la négociation collective et le droit de grève, sont de plus en plus restreints à travers le monde. Cette tendance rappelle qu’aucune démocratie ne peut être durable lorsque la corruption est tolérée, que les inégalités s’accentuent et que les conflits perdurent. L’avenir de l’Afrique ne pourra être assuré que s’il repose sur la paix, la redevabilité, le travail décent, des services publics de qualité, une protection sociale renforcée et un partage équitable des richesses.
Le message des travailleurs africains réunis à Genève est clair et pressant : « Les richesses de l’Afrique doivent profiter à ses peuples. »
Fait en marge de la 114e session de la Conférence internationale du Travail, à Genève (Suisse), le 4 juin 2026.
Akhator Joel Odigie Secrétaire général CSI-Afrique