AFRICAN REGIONAL ORGANISATION OF THE
INTERNATIONAL TRADE UNION CONFEDERATION Creating a better world for workers in Africa and beyond

L’Organisation régionale africaine de la Confédération syndicale internationale (CSI-Afrique, www.ituc-africa.org) se joint à la communauté internationale pour rappeler que la violence sexuelle en période de conflit n’est pas une conséquence fortuite de la guerre. Elle constitue une arme de guerre utilisée de façon intentionnelle et systématique. Tant que ses auteurs ne sont ni traduits en justice ni sanctionnés, le risque est grand de voir l’impunité s’installer durablement et les crimes se banaliser.

En cette année 2026, à l’occasion de cette journée de commémoration, le constat est alarmant : loin d’observer des avancées, nous sommes témoins de l’aggravation d’une catastrophe qui continue de ravager la vie des femmes, des filles et des enfants à travers l’Afrique.

Au Soudan, le nombre de femmes et de filles ayant besoin d’une assistance après avoir subi des violences fondées sur le genre a presque doublé au cours des deux dernières années et a été multiplié par quatre depuis le début de la guerre. « Les femmes et les filles sont violées et tuées dans leurs propres foyers, mais aussi lorsqu’elles fuient à la recherche de nourriture, d’eau ou de soins médicaux. La violence sexuelle est profondément enracinée dans la conduite même de la guerre au Soudan », a déclaré la Directrice régionale d’ONU Femmes pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe. Aujourd’hui, plus de 17 millions de femmes et de filles au Soudan ont besoin d’une aide humanitaire.

En République démocratique du Congo, l’UNFPA a recensé plus de 80 000 cas de violences sexuelles, dont des viols, dans l’est du pays entre janvier et septembre 2025, ce qui représente une augmentation alarmante de 32 % par rapport à l’année précédente. [La situation des femmes déplacées est particulièrement préoccupante] 97 % d’entre elles ont subi ou été témoins de violences sexuelles et sexistes en lien avec le conflit.

La même réalité tragique s’observe en Somalie, au Soudan du Sud, en République centrafricaine, dans le centre et le nord-est du Nigéria, au Mali et dans le nord du Mozambique.
Les violences sexuelles liées aux conflits anéantissent l’autonomie économique des femmes. Elles les contraignent à quitter leurs lieux de travail, leurs terres et leurs communautés, tout en réduisant au silence les femmes syndicalistes et les organisatrices communautaires, qui figurent parmi les principales cibles de ces violences. Les réductions drastiques du financement de l’aide humanitaire ont eu des conséquences dévastatrices. Au Soudan, l’UNFPA a été contraint de retirer son soutien à plus de la moitié des structures sanitaires qu’il appuyait. Parallèlement, en République démocratique du Congo, une grave pénurie de kits de prophylaxie post-exposition dans l’est du pays prive depuis des mois les survivantes et les survivants de violences sexuelles d’un accès aux soins médicaux essentiels.

La CSI-Afrique appelle l’Union africaine et ses États membres à considérer les violences sexuelles liées aux conflits comme une priorité en matière de paix et de sécurité. Cela contribuerait à garantir que les auteurs de ces crimes soient traduits en justice et que les survivantes et survivants obtiennent réparation dans le cadre de tous les processus de paix. Toutes les parties aux conflits armés doivent immédiatement s’engager dans un dialogue sincère et mettre fin à l’utilisation de la violence sexuelle comme arme de guerre, tout en respectant pleinement le droit international humanitaire ainsi que les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Nous appelons les gouvernements et les bailleurs de fonds à rétablir et à maintenir le financement des programmes de prévention et de prise en charge des violences fondées sur le genre. Nous exhortons toutes les centrales syndicales nationales affiliées à la CSI-Afrique à faire de la protection des travailleuses vivant et travaillant dans les zones de conflit un axe central de leurs actions de plaidoyer et de leurs interventions syndicales. Le silence n’est pas une option.

Nous saluons le courage et l’engagement des organisations dirigées par des femmes qui œuvrent dans des conditions extrêmement dangereuses au Darfour, dans le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et dans toutes les autres zones de conflit en Afrique. À elles seules, ces organisations viennent en aide à près de 20 millions de personnes au Soudan en fournissant une assistance alimentaire, des soins médicaux, un soutien psychosocial et un accès aux services essentiels dans des régions où les structures institutionnelles se sont effondrées. Nous réitérons notre appel au dialogue comme voie indispensable pour mettre fin aux conflits.

Signé pour et au nom de la CSI-Afrique, le 19 juin 2026, par Akhator Joel ODIGIE, Secrétaire général.