L’Organisation régionale africaine de la Confédération syndicale internationale (CSI-Afrique, www.ituc-africa.org) se joint à des millions de travailleurs à travers le continent pour exiger la fin immédiate de la guerre dévastatrice qui sévit au Soudan.
Alors que les syndicats et les organisations de travailleurs se mobilisent à l’occasion de la Journée africaine d’action des travailleurs pour le Soudan, nous appelons la communauté internationale, les gouvernements africains et toutes les parties au conflit à donner la priorité à la paix, à protéger les civils et à redonner [espoir et] dignité au peuple soudanais.
Depuis avril 2023, le Soudan est en proie à un conflit catastrophique qui a provoqué la plus grande crise de déplacement de population au monde, poussant près de 16 millions de personnes à fuir leurs foyers. Plus de 30 millions de personnes ont désormais un besoin urgent d’aide humanitaire, tandis que l’effondrement des systèmes de santé, d’éducation et de l’économie prive des millions d’autres de services essentiels. Alors que le pays s’effondre, les atrocités se poursuivent sans relâche, notamment les violences sexuelles, les massacres et le nettoyage ethnique. Les syndicalistes et les défenseurs des droits des travailleurs sont également systématiquement pris pour cible, emprisonnés ou tués pour leur engagement en faveur de la démocratie, de la justice et de la dignité humaine.
Les syndicats soudanais sont depuis longtemps à l’avant-garde de la lutte pour la démocratie, les droits des travailleurs et la justice sociale. Les travailleurs ont joué un rôle déterminant dans la révolution de 2019 qui a mis fin à des décennies de dictature sous Omar el-Béchir, démontrant ainsi le pouvoir transformateur du mouvement syndical dans la quête d’un changement démocratique.
Aujourd’hui, ces mêmes syndicats et travailleurs sont cependant confrontés à une répression implacable : leurs dirigeants sont arrêtés, menacés ou tués pour avoir défendu les droits des travailleurs et plaidé en faveur d’une transition démocratique dirigée par des civils. Des lieux de travail ont été détruits et le droit fondamental de s’organiser est gravement compromis.
En cette Journée d’action, la CSI-Afrique, aux côtés du mouvement Africans Rising et des organisations syndicales à travers le continent, formule les demandes urgentes suivantes :
6. Un cessez-le-feu immédiat : Toutes les parties doivent cesser les hostilités sans délai. La violence doit cesser immédiatement.
7. Un accès humanitaire total et sans entrave : les agences humanitaires doivent bénéficier d’un accès immédiat, sûr et sans restriction à toutes les régions du Soudan. Des millions de personnes sont confrontées à la faim, à la maladie et à la mort ; l’assistance ne saurait être conditionnée à des négociations politiques.
8. Une protection des travailleurs, des syndicalistes et des acteurs de la société civile : La persécution des syndicalistes, des défenseurs des droits humains et des acteurs de la société civile doit prendre fin. Celles et ceux qui défendent la démocratie et les droits des travailleurs doivent bénéficier d’une protection totale. Tous les dirigeants syndicaux et militants détenus doivent être libérés sans délai.
9. Un retour à une transition démocratique dirigée par des civils : l’avenir du Soudan doit être déterminé par son peuple. Nous appelons à la reprise d’une transition véritablement démocratique, dirigée par des civils et incluant les syndicats, les organisations de femmes, les groupes de jeunes et l’ensemble de la société civile.
10. La justice et la responsabilité : Une paix durable est impossible sans justice. Les auteurs de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de violations du droit international humanitaire doivent répondre de leurs actes.
La CSI-Afrique exhorte l’Union africaine, les communautés économiques régionales et les gouvernements africains à faire preuve de leadership et à prendre des mesures urgentes et coordonnées pour résoudre cette crise. L’Afrique ne peut rester spectatrice alors qu’un de ses plus grands pays sombre davantage dans le chaos.
Nous appelons l’Union africaine à convoquer un sommet d’urgence sur le Soudan et à lancer un processus de médiation solide, assorti de calendriers précis et de mécanismes d’obligation de rendre des comptes. Nous exhortons également les gouvernements africains à utiliser leur influence diplomatique pour faire pression sur les parties belligérantes et les acteurs extérieurs afin qu’ils mettent immédiatement fin aux hostilités.
La souveraineté et la stabilité du Soudan sont essentielles à la sécurité et à la prospérité de l’Afrique dans son ensemble. L’instabilité régionale, les déplacements de population massifs et les crises humanitaires ne s’arrêtent pas aux frontières : ce qui se passe au Soudan a des répercussions sur nous tous.
Aujourd’hui, les organisations syndicales d’Afrique mènent des actions de solidarité, organisent des veillées, observent des moments de silence et sensibilisent le public à la crise soudanaise. Des lieux de travail aux places publiques, en passant par les bourses du travail et les plateformes de médias sociaux, les travailleurs africains s’expriment d’une seule voix : « Arrêtez la guerre au Soudan ! »
Nous invitons les travailleurs du monde entier à rejoindre ce mouvement, à diffuser des informations sur la crise au Soudan, à inciter leurs gouvernements à agir, à soutenir les efforts humanitaires et à se tenir aux côtés des travailleurs soudanais qui luttent pour leurs droits et leur avenir.
Nous appelons toutes les personnes de bonne volonté, en Afrique et dans le monde, à exiger la fin de cette guerre insensée. Le silence est une complicité. L’inaction est une trahison. Le moment d’une action décisive, c’est maintenant.
Fait à Lomé, le 2 décembre 2025
Signé
Akhator Joel Odigie
Secrétaire général