AFRICAN REGIONAL ORGANISATION OF THE
INTERNATIONAL TRADE UNION CONFEDERATION Creating a better world for workers in Africa and beyond

L’Organisation régionale africaine de la Confédération syndicale internationale (CSI-Afrique, www.ituc-africa.org) exprime sa profonde indignation face aux atrocités en cours au Soudan, notamment à El-Fasher, dans le nord du Darfour, tombée aux mains des Forces de soutien rapide (FSR) entre le 26 et le 28 octobre 2025. La prise de cette ville, après dix-huit mois de siège, renforce le contrôle des FSR sur la majeure partie du Darfour et constitue un tournant tragique pour l’unité, la stabilité et les perspectives de redressement du Soudan.

Des rapports crédibles du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH), d’Amnesty International et de médias internationaux font état de violations effroyables, notamment de massacres, de violences sexuelles et de tortures infligées aux civils après la prise de contrôle par les FSR. Des hôpitaux et des installations humanitaires ont été [délibérément] pris pour cible et des communautés ont été déracinées. Des milliers de personnes se retrouvent ainsi sans accès à la nourriture, à l’eau ou aux soins médicaux. Ces actes constituent de graves violations du droit international humanitaire et des droits humains.
La tragédie qui se déroule au Soudan a de profondes répercussions sur la paix et le développement du continent africain. L’effondrement de la gouvernance et la destruction des infrastructures ont paralysé l’activité économique et [perturbé] le commerce transfrontalier.

Les travailleurs sont parmi les plus durement touchés : outre les pertes en vies humaines, les familles et les biens, ils subissent la destruction de leurs moyens de subsistance, la perte de leurs revenus et l’érosion de la protection sociale. Les fonctionnaires ne sont pas payés depuis des mois, les commerçants du secteur informel doivent faire face à des marchés dévastés et les zones industrielles sont à l’arrêt sous contrôle militaire. L’affaiblissement des institutions du travail et la répression des libertés syndicales réduisent au silence une voix essentielle de la démocratie et de la reconstruction, compromettant ainsi la quête collective du continent pour une croissance inclusive et la justice sociale.

La CSI-Afrique condamne sans équivoque la violence [persistante] à l’encontre des civils et le ciblage systématique de communautés [entières au Soudan]. Toutes les parties au conflit doivent immédiatement cesser les hostilités, respecter le droit international humanitaire et garantir la protection des civils. Un accès humanitaire sans entrave doit être assuré et les auteurs d’atrocités doivent être traduits en justice dans le cadre d’enquêtes crédibles et indépendantes afin de mettre fin à la culture d’impunité qui prévaut.

La CSI-Afrique réitère également sa dénonciation du rôle actif et condamnable des Émirats arabes unis dans la facilitation et la fourniture d’armes aux Forces de soutien rapide. La communauté internationale doit mettre fin à son silence et à sa complicité tacite, qui permettent aux Émirats arabes unis de poursuivre leurs agissements et d’alimenter les atrocités commises dans le cadre de la guerre civile au Soudan. Nous appelons par ailleurs à des efforts [diplomatiques concertées] pour obtenir un cessez-le-feu immédiat et encourager toutes les parties à s’engager dans un dialogue [en faveur de la paix].

La CSI-Afrique souligne l’urgence d’une réponse régionale et continentale coordonnée [face à la crise soudanaise]. L’Union africaine (UA) et les communautés économiques régionales, notamment l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA), doivent agir de manière décisive pour faciliter un dialogue inclusif entre les Soudanais. Leur leadership [proactif] est essentiel pour rétablir la paix, garantir un accès humanitaire sans entrave et jeter les bases de la relance et de la reconstruction [nationales]. Parallèlement, les syndicats, les mouvements de femmes, les organisations de jeunesse et les autres acteurs de la société civile doivent être pleinement associés aux processus de transition, afin que l’avenir du Soudan soit centré sur les populations et fondé sur la justice, l’équité et le développement durable.

La CSI-Afrique exprime sa solidarité indéfectible envers les travailleurs, les syndicats et toutes les victimes de cette violence insensée. Il n’y a pas de solution militaire à la crise soudanaise ; seul un dialogue sincère, fondé sur la responsabilité et la justice sociale, peut ouvrir la voie à une paix durable. Le peuple soudanais mérite de vivre, de travailler et de s’organiser en toute liberté et dignité. L’Afrique ne doit pas rester spectatrice : le moment d’agir ensemble [avec détermination,] est venu.

Akhator Joel Odigie
Secrétaire général de la CSI-Afrique
Lomé, Togo