Les protestations et les victoires de la grève du mouvement syndical nigérian

Mots Clés : Droits humains & syndicaux Nigéria Rapports

Au mois de septembre 2020, le Nigeria Labour Congress (NLC) et le Trade Union Congress (TUC) ont été confrontés à des problèmes de relations professionnelles qui exigeaient des réponses de leur part. Leurs réponses à ces problèmes ont été rapides et efficaces. Il ressort de l’analyse des actions que l’unité et la cohésion demeurent des facteurs utiles et bénéfiques à la poursuite d’une lutte ciblée. Quels étaient les problèmes ? Quelles actions le mouvement syndical a-t-il déployées et comment s’y est-il pris ?

Les problèmes
Le premier problème concernait la violation flagrante des droits des travailleurs et des retraités par le Gouvernement de Rivers State (Sud-Sud du Nigeria). Les agents du gouvernement de Rivers State ont envahi et fermé, le 2 février 2020, le Secrétariat du Conseil du NLC à D-Line, Port Harcourt. La prémisse de cette prise de contrôle forcée était que le gouvernement de Rivers State voulait faire un test d’intégrité structurelle sur le bâtiment, qu’il venait juste de construire et de mettre en service. Ce gouvernement n’a réalisé que le besoin de procéder à un test structurel de ce bâtiment que lorsque les travailleurs ont commencé à réclamer avec insistance leurs droits légitimes à l’ajustement des salaires sur la base du nouveau salaire minimum national, à la libération des salaires retenus, à la promotion, au paiement des arriérés de pension et de gratification dus et à la remise des cotisations aux syndicats

Le gouvernement de Rivers State menait une campagne d’intimidation et de terreur contre le mouvement syndical pour avoir simplement refusé d’être intimidé et muselé devant des épreuves ignobles de relations professionnelles. Le Gouverneur (M. Nyesome Wike) affichait des tendances despotiques et une aversion pour l’État de droit. Parmi les preuves de ces dispositions autoritaires, il convient de citer l’invasion du Secrétariat du Conseil du NLC dans la nuit du mardi 21 juillet 2020, par des voyous présumés au service du Gouvernement de Rivers State. Les équipements et installations, évalués à des millions de nairas, ont été vandalisés. A ce jour, aucune arrestation n’a été effectuée. Par ailleurs, le 27 août 2020, un groupe de plus d’une centaine de voyous a attaqué et perturbé une réunion du Conseil Exécutif du NLC organisée au Secrétariat du Syndicat des travailleurs des services de soins et de santé du Nigeria, à Road 19, Pipeline, Rumuagholu, Port Harcourt.

Ci-dessous, le résumé des dossiers mettant en cause le Gouvernement de Rivers State :
1. Acte d’anarchie en fermant le Secrétariat du Conseil du NLC
2. Chasse aux sorcières, persécution et poursuite de dirigeants syndicaux sur la base de fausses accusations
3. Non-versement des primes et des pensions aux retraités, depuis 2015
4. Non-paiement des arriérés de promotion, depuis 2015
5. Rétention des salaires des travailleurs - Le gouvernement de Rivers State doit à certains travailleurs les salaires pour une période allant jusqu’à 7 mois. Par ailleurs, il a refusé de payer les salaires des enseignants de février et mars 2016 à la suite du test biométrique qu’il avait ordonné. Les travailleurs de la santé ont été privés de leurs salaires d’octobre 2017 en raison de leur participation à la grève nationale ‘JOHESU’.
6. Refus de négocier avec les organisations de travailleurs sur l’ajustement des salaires en fonction du nouveau salaire minimum national - Il n’y a pas eu de conventions collectives ni de circulaire d’application depuis la promulgation du nouveau salaire minimum national de 30 000 N. Le gouvernement a également refusé de conclure des négociations, sur l’ajustement salarial correspondant, avec les travailleurs de Rivers State et a également empêché tous les établissements tertiaires de Rivers State de bénéficier d’ajustement salarial correspondant.
7. Recours à des malfrats à gages - Le gouvernement de Rivers State a déployé des malfrats à gages pour attaquer les travailleurs, individuellement et en groupe. L’attaque contre les dirigeants syndicaux et la perturbation violente de la réunion du Conseil Exécutif [du NLC], le 27 août 2020 se sont ajoutées à la liste des actes malveillants de Wike.
8. Refus de verser les cotisations statutaires aux syndicats - Par ce refus de remettre les cotisations statutaires aux syndicats et aux centrales syndicales, le gouvernement de Rivers State envisage ouvertement d’étouffer à mort les syndicats, en violation flagrante de la section 17 de la loi nigériane sur les syndicats.

Le deuxième problème concernait I’ augmentation unilatérale des prix des carburants et de l’électricité. Une semaine à peine après l’action efficace qui a permis de faire échec aux manœuvres despotiques du Gouverneur de Rivers State, le Gouvernement fédéral a annoncé une augmentation des prix des carburants et de l’électricité. Le mouvement syndical nigérian a exprimé ses préoccupations en déclarant que cette augmentation était inopportune et insensible aux souffrances actuelles des Nigérians, en particulier à la suite des bouleversements socio-économiques provoqués par la pandémie de COVID-19. Il a également souligné que l’augmentation du coût de l’énergie a automatiquement fait grimper le coût de l’activité commerciale au Nigeria, ce qui a entraîné l’hyperinflation. Ce phénomène est également capable d’anéantir les gains réalisés grâce à l’augmentation du salaire minimum national. Il représente également une menace et peut forcer de nombreuses entreprises locales à fermer leurs portes ou à se délocaliser dans des pays où le climat des affaires est plus favorable. Le mouvement syndical nigérian a conseillé au gouvernement de renoncer à ces augmentations.

Le gouvernement a également été invité à envisager des mesures palliatives concrétés visant à réduire la pauvreté actuelle et les difficultés liées à la COVID-19 auxquelles les Nigérians sont confrontés.
Cette double augmentation va exacerber les souffrances des pauvres et conduire à une nouvelle expropriation de la population. Les salariés journaliers et les travailleurs de l’économie informelle, ainsi que les entreprises manufacturières et les milieux industriels, seront les principales victimes.
Les syndicats se sont déclarés prêts à prendre les mesures nécessaires et légitimes pour préserver leurs droits socio-économiques si le gouvernement refuse de tenir compte de leurs conseils.

La réaction du mouvement syndical Nigérian
Comment le mouvement syndical a-t-il réagi face à ces problèmes ? Il était clair dès le départ que le NLC et le TUC faisaient front commun dans la lutte contre la violation des droits des travailleurs par le gouvernement de Rivers State, ainsi que contre l’augmentation des prix du carburant et de l’électricité. Leur unité s’est manifestée dans leurs déclarations médiatiques, leur mobilisation et leurs négociations. En plus du recours délibéré à un front commun, les syndicats ont déployé un mécanisme de communication claire, régulière et ciblée. A titre d’exemple, les Présidents des deux centrales syndicales ont cosigné un communiqué conjoint, publié par le NLC et le TUC, le 16 septembre 2020.

Le recours massif aux médias (médias traditionnels et médias sociaux) s’inscrit dans cette stratégie. L’information des membres des syndicats et du grand public sur les questions et les actions prévues était assurée.
Il convient de noter que l’opinion et les réactions de sympathie du public à l’égard de l’action de protestation prévue par les syndicats dans le Rivers State et du mouvement de grève national visant à exiger l’annulation de l’augmentation des prix à la pompe et des tarifs d’électricité étaient positives et très remarquables.
En ce qui concerne les multiples violations des droits des travailleurs par le Gouvernement de Rivers State, les syndicats ont projeté une action de protestation à Port Harcourt, la capitale de Rivers State, pour le 8 septembre 2020. Dans leur déclaration commune visant à mobiliser les forces vives de Rivers State, il a été notamment indiqué que "les travailleurs nigérians, sous l’égide du NLC et du TUC, ainsi que nos alliés de la société civile dans l’exercice de nos droits constitutionnels, organiseront une manifestation pacifique le 8 septembre 2020 à Port Harcourt, Rivers State. Cette manifestation a pour but d’attirer l’attention du monde sur les violations suivantes des droits des travailleurs et des syndicats dans le Rivers State".
Devant cette augmentation, le mouvement syndical nigérian a lancé un ultimatum de deux semaines au gouvernement, avant d’entamer une grève illimitée et des manifestations pacifiques, à partir du lundi 28 septembre 2020, au cas où celui-ci n’accepterait pas d’annuler la décision d’augmenter le prix à la pompe et le tarif de l’électricité. La mobilisation était très forte pour les deux luttes, au point que le grand public a commencé à stocker des produits de première nécessité en prévision d’une longue grève.

Les négociations à la rescousse
A la veille de l’action de protestation dans le Rivers State, le 7 septembre 2020, le Gouvernement a, dans un état de panique, appelé aux négociations pour résoudre le conflit. Cela s’est produit après que le Gouvernement ait saisi le Tribunal national du travail pour obtenir une injonction contre le NLC et le TUC afin de les empêcher de déclencher une grève. Les syndicats ont habilement répondu qu’ils n’allaient pas faire la grève mais plutôt une action de protestation qui est un droit constitutionnel qu’aucun tribunal ne peut opposer. Les négociations se sont déroulées dans la nuit et au petit matin du 8 septembre 2020, après quoi un accord mutuellement acceptable a été conclu. Ce gouvernement a accepté toutes les demandes du mouvement syndical et les délais de mise en œuvre ont été convenus.

Le Gouvernement fédéral nigérian, par l’intermédiaire du Bureau du Secrétaire du gouvernement fédéral, a invité le mouvement syndical à une réunion de négociation, le dimanche 27 septembre 2020, concernant la grève nationale prévue contre l’augmentation des prix du carburant et de l’électricité. Au terme de longues négociations, des tractations et des compromis, les accords suivants (résumés ci-dessous) ont été conclus :
1. La suspension de l’augmentation des prix d’électricité pendant 90 jours en attendant qu’une justification des sociétés de distribution d’électricité (DISCO) pour une augmentation des tarifs basée sur l’efficacité soit présentée et acceptée. Il a également été convenu de consacrer deux semaines à visiter les DISCO à travers le pays pour vérifier la situation que les DISCO présentent et qui diffère de celle de la plupart des Nigérians.
2. Par ailleurs, pour alléger le fardeau socio-économique des travailleurs lié à l’augmentation des prix du carburant, l’accord prévoit qu’un pourcentage des logements sociaux soit réservé aux travailleurs par l’intermédiaire du ministère du logement. Pour le Gouvernement fédéral, l’augmentation du prix à la pompe s’explique par la volonté du gouvernement de mettre un terme au paiement de subventions pour le carburant, qui saigne les recettes du gouvernement et l’empêche d’améliorer les dépenses sociales.
3. De plus, le gouvernement fédéral a promis de mettre à disposition cent trente-trois (133) bus pour les transports en commun.
4. En ce qui concerne les mesures palliatives destinées à alléger les souffrances des travailleurs et de la population, le gouvernement s’est engagé à aider les travailleurs intéressés par l’agriculture à accéder aux prêts bonifiés accordés par le gouvernement. Au total, 420 000 travailleurs bénéficieront du programme de prêts bonifiés pour l’agriculture géré par le gouvernement.

Conclusion
Le mois de septembre 2020 restera marqué dans les annales du mouvement syndical nigérian comme l’un des mois symboliques et d’intense mobilisation pour des actions de masse en faveur de la défense et de la protection des droits des travailleurs. Il restera également symbolique du fait que moins de deux semaines après la suspension de la grève nationale envisagée, les manifestations #EndSars organisées par la jeunesse nigériane ont mis à mal et paralysé de nombreuses grandes villes du pays.

L’action menée dans le Rivers State et ses résultats ont été jugés impressionnants et satisfaisants. Cependant, l’opinion publique semble suggérer que l’accord conclu entre les syndicats et le gouvernement concernant les prix du carburant à la pompe et de l’électricité laisse beaucoup à désirer. Cela s’explique principalement par le fait que les citoyens attendaient beaucoup de la décision concernant l’annulation de l’augmentation des prix à la pompe. Quant aux alliés du mouvement syndical nigérian, la plupart d’entre eux ont estimé que, même si les accords conclus ne sont pas parfaits, ils constituent néanmoins l’option la plus viable pour la croissance et le progrès de la nation.

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