C’est avec une vive inquiétude que les syndicats d’Afrique et d’Europe ont suivi la négociation et la conclusion des Accords de partenariat économique (APE) entre l’UE et les groupements régionaux africains.
La CSI-Afrique et la CES sollicitent des modifications en profondeur du contenu et des principes directeurs des actuels APE pour assurer la promotion de la croissance économique et du développement durable, garantir le respect des droits des travailleurs/euses et l’accès universel aux services publics, et contribuer à atteindre pleinement les Objectifs de développement durable des Nations Unies.
Les représentants des travailleurs estiment que les gouvernements des pays de l’UE et d’Afrique n’ont pas suffisamment impliqué les syndicats dans les négociations des APE en appliquant un processus de dialogue social efficace et structuré.
« Les APE actuellement en cours de négociation et ceux qui ont déjà été signés comportent un risque non négligeable pour le développement durable, la stabilité de l’emploi, les normes du travail, les services publics et la démocratie dans les pays africains » ont-ils déclarés.
Lire l’intégrale de la déclaration ci-dessous
Déclaration commune de la CSI-Afrique/CES/CSI
sur les accords de partenariat économique entre l’UE et l’Afrique centrale, l’Afrique de l’Est, l’Afrique australe, la Communauté d’Afrique de l’Est, la Communauté de développement de l’Afrique australe, l’Afrique de l’Ouest
et sur les relations commerciales entre l’UE et l’Afrique
26 Octobre 2018
C’est avec une vive inquiétude que les syndicats d’Afrique et d’Europe ont suivi la négociation et la conclusion des Accords de partenariat économique (APE) entre l’UE et les groupements régionaux africains.
La CSI-Afrique et la CES sollicitent des modifications en profondeur du contenu et des principes directeurs des actuels APE pour assurer la promotion de la croissance économique et du développement durable, garantir le respect des droits des travailleurs/euses et l’accès universel aux services publics, et contribuer à atteindre pleinement les Objectifs de développement durable des Nations Unies.
Nous estimons que les gouvernements des pays de l’UE et d’Afrique n’ont pas suffisamment impliqué les syndicats dans les négociations des APE en appliquant un processus de dialogue social efficace et structuré. Par conséquent, les APE actuellement en cours de négociation et ceux qui ont déjà été signés comportent un risque non négligeable pour le développement durable, la stabilité de l’emploi, les normes du travail, les services publics et la démocratie dans les pays africains.
Nous tenons plus précisément à attirer l’attention sur les préoccupations suivantes au sujet du développement durable et de l’industrialisation:
Les questions suivantes sont également une source de préoccupation concernant les engagements des APE en matière de travail:
En ce qui concerne les questions de procédure et d’élaboration, nous sommes préoccupés par les faits suivants:
En raison des éléments que nous venons d’énoncer, entre autres, nous ne soutenons pas les négociations d’APE en cours, les APE signés sous leur forme actuelle et les APE intérimaires avec les régions africaines.
Nous demandons l’arrêt des négociations entre l’UE et les groupements africains, le retrait des accords signés et la refonte de ces accords en suivant les principes présentés ci-dessous. L’UE doit veiller à ce que les pays africains qui renoncent aux APE ne perdent pas leur accès préférentiel aux marchés de l’UE. Les pays africains doivent continuer de bénéficier d’un accès préférentiel aux marchés de l’UE grâce aux mécanismes du Système des préférences généralisées (SPG), notamment les pays qui disposent désormais du statut de pays à revenu intermédiaire.
Principes progressistes pour les relations commerciales entre l’UE et l’Afrique
Les syndicats considèrent qu’un libre-échange équitable est d’une importance primordiale pour la croissance économique et le développement durable. Le commerce, si l’on tient compte de ses asymétries, peut contribuer à instaurer un système d’échange mondial plus équitable, plus inclusif et socialement juste. À cet égard, nous soutenons l’idée de concilier politique commerciale et coopération au développement.
La politique commerciale de l’UE peut être un instrument utile pour renforcer les capacités visant à soutenir la croissance durable, le travail décent, la diversification économique et l’intégration dans l’économie régionale/mondiale. Elle devrait également permettre d’améliorer les infrastructures économiques et sociales, mais aussi d’exiger la bonne gouvernance et le respect de l’État de droit, des droits humains et syndicaux, des accords internationaux sur l’environnement et des objectifs de l’Accord de Paris.
Sur ce point, les mécanismes du SPG de l’UE et, potentiellement, les autres instruments de politique commerciale devraient aider à créer une relation économique juste et prospère entre l’UE et les pays moins avancés, c’est-à-dire une relation qui n’accepte plus l’exploitation des travailleurs et le pillage de l’environnement au nom de la concurrence internationale. Nous souhaitons un lien plus fort entre l’accès préférentiel et le respect des droits des travailleurs tels qu’ils sont définis dans les normes de l’OIT.
L’UE devrait étendre la solidarité aux pays africains, promouvoir la coopération, plutôt que la concurrence et, à l’aide d’une politique commerciale remaniée, contribuer à atteindre les objectifs de l’Agenda 2030 et à instaurer une mondialisation économiquement équitable, et responsable aux plans social et environnemental.
Nous exhortons les gouvernements à inviter les syndicats à prendre part au dialogue social et aux négociations pour changer le cours des choses et rechercher une entente commerciale progressiste entre l’Europe et l’Afrique qui tienne compte des asymétries existantes au niveau des relations économiques et de la taille du marché.
Il nous semble important que l’UE et les groupements africains définissent un nouveau mandat pour les négociations, en suivant les principes suivants:
Nous nous engageons à continuer de plaider en faveur d’un partenariat mutuellement avantageux entre l’Europe et l’Afrique, qui tienne compte des expériences historiques, encourage un commerce équitable centré sur la solidarité, privilégie le respect des droits du travail et crée des emplois décents en Afrique et en Europe. Nous exhortons nos organisations et centrales syndicales nationales à améliorer la coopération entre elles et la mobilisation commune, dans le but d’atteindre ces objectifs et de faire évoluer les APE vers un modèle plus progressiste et plus juste.
La CSI, la CSI-Afrique et la CES sont les organisations syndicales les plus représentatives à travers le monde, en Afrique et en Europe.
Pour de plus amples informations sur le travail déjà réalisé en collaboration par les syndicats africains et européens à ce sujet:
• https://www.ituc-africa.org/IMG/pdf/statement_epas.pdf
• Document conjoint CES-CSI sur l’Accord de partenariat économique ACP-EU: https://www.etuc.org/en/document/joint-etuc-ituc-submission-acp-eu-partnership-agreement
• Lettre aux députés européens: https://actsa.org/wp-content/uploads/2018/02/itucaf-ituc-etuc_letter_to_meps-docx.pdf
• Résolution de la CES sur une politique progressiste de l’UE en matière de commerce et d’investissement: https://www.etuc.org/documents/etuc-resolution-eu-progressive-trade-and-investment-policy-adopted-executive-committee#.WuNDHaQvxD4